Les nécrophores dans le grenier
Les nécrophores gargouillent dans le grenier
ils ne rognent ni crâne tibias ni guiboles
pleins d’une moelle qui intoxique les fols
les nécrophores qui sont puissants et grassouillets
mastiquent les fémurs dans un grenier souillé
ça les comble et en guise de nécropole
tiennent en un carton moisi aux deux pôles
un sac plastique où ils se calent saturés
En l’entrechoquant on ouït un cri de joie
celui que lance une dame sans vergogne
à toute allure issant du seuil du grenier
quand la dame sort elle tire à soi
la gloire d’avoir issu d’une charogne
la trogne de Nithard abbé de Saint-Riquier.
Miss Yves, Les asticots en tout immondes.
D’après Les vers à soie de Jacques Roubaud.
Vers à soie
Après Raymond Queneau et Jacques Jouet, Zazie Mode d’Emploi rend hommage à un immense poète : Jacques Roubaud, dont le sonnet "Les vers à soie" est mis en exergue. Thème commun en 2005 : « tisser la langue à la machine ».
Les vers à soie murmurent dans le mûrier
ils ne mangent pas ces mûres blanches et molles
pleines d’un sucre qui ne fait pas d’alcool
les vers à soie qui sont patients et douillets
mastiquent les feuilles avec un bruit mouillé
ça les endort mais autour de leurs épaules
ils tissent un cocon rond aux deux pôles
à fil de bave, puis dorment rassurés
En le dévidant on tire un fil de soie
dont on fait pour une belle dame une robe
belle également qu’elle porte avec allure
Quand la dame meurt on enterre la soie
avec elle et on plante, sur sa tombe en octobre,
un mûrier où sans fin les vers à soie murmurent.

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