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dimanche 25 octobre 2015

Traquer les mots dans un troquet



Garçon, de quoi écrire! Bourges. Dans un bistrot
Brumeux comme à London, Ian Monk traque les mots
Hell is a city much like London dit Shelley
Cette obscure clarté qui tombe du néon
Elsa mon immortelle enchante la boisson

Intertextualité, citation ou plagiat ?

Vers nos yeux nous rampons l'esprit tout fissuré
Nos lèvres desséchées rêvent d' un quinquina
Dans la mer des possibles avons-nous assez navigué...

Garçon, de quoi écrire! Car un vers malsonnant

Offusque mon oreille. Si je note"océan",
Ledit vers est boiteux: au moins  quatorze pieds!
"Océan du possible étalé devant nous"
-Vingt fois sur le métier- C'est sûr, ça sonne mieux
"Remettez votre ouvrage", ressassait Boileau. 

Quelques vers raturés, c'est pas la mer à boire!

"Lumineux, clair", est-ce un poème ou ce bistrot?
Fuyant comme le jour, faisant fi du pourboire,
Vu un voyou qui ressemblait à mon amour.
Que fait donc ce quidam, gâchant mon élégie?

Garçon de quoi écrire! Mais le patron rugit:

Enfin, ma rime en "ou"! Ce sera quoi pour vous ?
Rien, juste siroter, ersatz de Vittel -menthe
Le bleu d'un doux regard, les yeux de mon amante.

MissYves

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Je regarde le bistrot

  je regarde le bistrot il est lumineux clair
  comme un smog londonien et sa glauque clarté
  nous crève les yeux nous fissure l’esprit et on rampe
  là l’un vers l’autre dans nos yeux et nos esprits
  pendant que le jour se casse nos lèvres sèches lampent
  la musique de nos boissons de tes yeux jolis
  comme mer de possibilités là devant nous
  l’autre est parti sans laisser de pourboire
  et le barman nous fixe nous dit alors vous
  ce sera quoi ? ce sera pour l’instant juste boire
  le bleu de tes yeux ton regard ton visage
  dans la mer de choses possibles là où on nage

  Extrait du poème À Bourges de Ian Monk, in 14 x 14 l’Âne qui butine, 2014

  L'oulipien de l'année/Zazipo
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Les mots m’ont pris par la main


Je demeurai longtemps derrière un Vittel-menthe
L’histoire quelque part poursuivait sa tourmente
Ceux qui n’ont pas d’amour habitent les cafés
La boule de nickel est leur conte de fées
Si pauvre que l’on soit il y fait bon l’hiver
On y traîne sans fin par la vertu d’un verre
Moi j’aimais au Rocher boulevard Saint-Germain
Trouver le noir et or usagé des sous-mains
Garçon de quoi écrire Et sur la molesquine
J’oubliais l’hôpital les démarches mesquines
A raturer des vers sur papier quadrillé
Tant que le réverbère au-dehors vînt briller
Jaune et lilas de pluie au cœur du macadam
J’épongeais à mon tour sur le buvard-réclame
Mon rêve où l’encre des passants abandonna
Les secrets de leur âme entre deux quinquinas
J’aimais à Saint-Michel le Cluny pour l’équerre
Qu’il offre ombre et rayons à nos matins précaires
Sur le coin de la rue Bonaparte et du quai
J’aimais ce haut Tabac où le soleil manquait
Il y eut la saison de la Rotonde et celle
D’un quelconque bistrot du côté de Courcelles
Il y eut ce café du passage Jouffroy
L’Excelsior Porte-Maillot Ce bar étroit
Rue du Faubourg-Saint-Honoré mais bien plus tard
J’entends siffler le percolateur dans un Biard
C’est un lieu trop bruyant et nous nous en allons
Place du Théâtre-Français dans ce salon
Au fond d’un lac d’où l’on
Voit passer par les glaces
Entre les poissons-chats les voitures de place
Or d’autres profondeurs étaient notre souci
Nous étions trois ou quatre au bout du jour
Assis
A marier les sons pour rebâtir les choses
Sans cesse procédant à des métamorphoses
Et nous faisions surgir d’étranges animaux
Car l’un de nous avait inventé pour les mots
Le piège à loup de la vitesse
Garçon de quoi écrire Et naissaient à nos pas
L’antilope-plaisir les mouettes compas
Les tamanoirs de la tristesse
Images à l’envers comme on peint les plafonds
Hybrides du sommeil inconnus à Buffon
Êtres de déraison Chimères
Vaste alphabet d’oiseaux tracé sur l’horizon
De coraux sur le fond des mers
Hiéroglyphes aux murs cyniques des prisons
N’attendez pas de moi que je les énumère
Chasse à courre aux taillis épais Ténèbre-mère
Cargaison de rébus devant les victimaires
Louves de la rosée Élans des lunaisons
Floraisons à rebours où Mesmer mime Homère
Sur le marbre où les mots entre nos mains s’aimèrent
Voici le gibier mort voici la cargaison
Voici le bestiaire et voici le blason
Au soir on compte les têtes de venaison
Nous nous grisons d’alcools amers
O saisons
Du langage ô conjugaison
Des éphémères
Nous traversons la toile et le toit des maisons
Serait-ce la fin de ce vieux monde brumaire
Les prodiges sont là qui frappent la cloison
Et déjà nos cahiers s’en firent le sommaire
Couverture illustrée où l’on voit Barbizon
La mort du Grand Ferré Jason et la Toison
Déjà le papier manque au temps mort du délire
Garçon de quoi écrire

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La Chanson du Mal-aimé
de Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) e
                            à Paul Léautaud.

                            Et je chantais cette romance
                            En 1903 sans savoir
                            Que mon amour à la semblance
                            Du beau Phénix s'il meurt un soir
                            Le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon

Oue tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d'Égypte
Sa soeur-épouse son armée
Si tu n'es pas l'amour unique

Au tournant d'une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant

C'était son regard d'inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d'une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l'amour même

Lorsqu'il fut de retour enfin
Dans sa patrie le sage Ulysse
Son vieux chien de lui se souvint
Près d'un tapis de haute lisse
Sa femme attendait qu'il revînt

L'époux royal de Sacontale
Las de vaincre se réjouit
Quand il la retrouva plus pâle
D'attente et d'amour yeux pâlis
Caressant sa gazelle mâle

J'ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux

Regrets sur quoi l'enfer se fonde
Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes voeux
Pour son baiser les rois du monde
Seraient morts les pauvres fameux
Pour elle eussent vendu leur ombre

J'ai hiverné dans mon passé
Revienne le soleil de Pâques
Pour chauffer un coeur plus glacé
Que les quarante de Sébaste
Moins que ma vie martyrisés

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s'éloigne
Avec celle que j'ai perdue
L'année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus

Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

Je me souviens d'une autre année
C'était l'aube d'un jour d'avril
J'ai chanté ma joie bien-aimée
Chanté l'amour à voix virile
Au moment d'amour de l'année

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

samedi 14 décembre 2013

Clotilde au brasier

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L'atrabile et l'anarchie
Ont flambé sur  le terrain
Mort de  la métallurgie
Entre désamour et dédain

Il y a des clous en nombre
Qu'au ciel la nuit  fixera
La  lune froide aux fins  ongles
De feu nous  hypnotisera

Les nuées à défaut de rives
Camp de vacance à qui en veut
Crame il faut que tu ravives
Cette nova née de tes voeux

Jouet Apollinoir

 (Miss Yves)
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  • Clotilde

    Forme empruntée par Annie Hupé au poème éponyme d’Apollinaire, la clotilde se définit par 3 quatrains chacun formé de 3 vers de 7 syllabes, suivis d’un vers de 8 syllabes.
    Le premier vers est composé de 2 substantifs qui commencent par -a- suivi d’une même lettre, et sont reliés par -et- et précédés d’un -l’-
    Le premier mot est de 4 syllabes, mais avec un -e muet- au bout, donc il compte pour 3 en faisant la liaison avec le -et-, le second est de 3 syllabes qui comptent toutes.
    Rimes croisées avec alternance de rimes féminines et masculines.





Clotilde

L'anémone et l'ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l'amour et le dédain

Il y vient aussi nos ombres
Que la nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombre
Avec elles disparaîtra

Les déités des eaux vives
Laissent couler leurs longs cheveux
Passe il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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– La nuit... Quand nous aurons allumé le feu, nous ne pourrons plus voir la nuit. Quand il y a le feu, il n’y a plus que le feu qui compte. Le feu est un hypnotiseur. Ce soir, regardez, le ciel a chassé tous ses nuages pour nous ! Il a fixé au plafond ses punaises de cuivre, avec une lune élégante en arrondi d’ongle soigné. Il n’en fait que plus frisquet, bien sûr, mais on respire, mais on s’aère, c’est les vacances et le camp de vacances ! C’est vrai qu’il manque la mer, mais le ciel n’est pas mal non plus comme image de l’infinitude. On ne s’attendait pas à partir en vacances aussi vite, et peut-être aussi longtemps. Regardez cette étoile, je la vois, tu la vois, et pourtant elle n’existe plus, s’il faut en croire les affaires de vitesse de la lumière.

http://zazipo.net/

Zazie Mode d’Emploi vous invite à triturer, malaxer, détourner, frelater, métamorphoser, calligraphier, traduire, remanier, mettre en musique, travestir ou bande-dessiner cet extrait de Mek-Ouyes chez les Testut, paru dans Mek-Ouyes amoureux chez P.O.L. en 2006. L’histoire remonte à 2004, en direct l’ultime combat du personnel : « Les constructeurs de balances de l’usine béthunoise ont lutté, pied à pied, coude à coude et la main dans la main pour que la fermeture de leur usine ne signifie pas, dans la foulée, celle de leur gueule » rapporte le camarade Jouet, feuilletoniste, dramaturge, romancier, voyageur et poète aux sources d’une œuvre diluvienne.

jeudi 10 mai 2007

Apollibai. (2) Sur les flots ondulés...(collage)


Sur les flots ondulés que le fleuve Jin roule vers le nord-ouest

Du vin exquis dans les coupes mille fois remplies/
Attendez que je vous chante la chanson du chagrin/
Levant les yeux je contemple la lune resplendissante/
La fée des nuages et de la pluie ne saurait nous briser le coeur/

J'ébranle de mes chants les cinq montagnes sacrées/
Les bateaux n'attendent pas la lune pour guider leur retour/
Entourés de courtisanes nous nous laissons porter par les flots/
Il faut maintenant choisir entre les filles de Maoling/

Quant à moi je possédais un miroir magique/
Un miroir où le coeur se reflète comme un visage au fond d'un puits/
Je chante à voix haute jusqu'à ce que la lune brille/
La plus célèbre des fleurs et la plus enchanteresse des femmes/

Son éclat dure à peine le temps d'être aperçu/

-Pourquoi un beau vers ne servirait-il qu'une fois ? se demande Raymond Queneau dans Oulipo, la littérature potentielle, Idées Gallimard .
Partant de cette question j'ai réalisé un "collage "de vers de Li bai extraits de"Ecoutez là-bas sous les rayons de la lune."..Mille et une Nuits _de manière à suivre,de près ou de loin le déroulement du poème d'Apollinaire"Nuit Rhénane" ,dans Alcools

Nuit rhénane

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme/
Ecoutez la chanson lente d'un batelier/
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes /
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds/

Debout chantez plus fort en dansant une ronde /
Que je n'entende plus le chant du batelier/
Et mettez près de moi toutes les filles blondes /
Au regard immobile aux nattes repliées /

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent/
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter/
La voix chante toujours à en râle -mourir /
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été /

Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire

dimanche 6 mai 2007

Apollibai-"Mai En bateau" (collage)


Mai En bateau

Le mai le joli mai sur les bords du Ruoye/
De jeunes musiciennes du haut de la montagne/
Avec des flûtes d'or mais la barque s'éloigne /
Mais où trouver depuis les saules riverains /

Or des vergers fleuris frôlent nos vêtements /
Sur notre passage les fleurs blanches du poirier /
Sont les ongles de la séduisante Fei Yan /
les pétales flétris sont une pluie d'été /

Sur le chemin du bord des eaux du fleuve jaune
Un couple de canards menés par des tziganes
Suivaient une roulotte que traînent quatre chevaux
Brillants tandis que s'éloignait sur la flûte
L'air printanier de la chanson des saules

le mai le joli mai a paré les ruines
Au milieu des bambous verts et des lianes
Le souffle du printemps fait chanter les osiers
Et les roseaux jaseurs et les feuilles jaunies

Apollibai
Alcools sous les rayons de la lune

Collage :le poème d'Apollinaire "Mai" est la trame sur laquelle se greffent des vers de différents poèmes du poète chinois Li Bai(701-702) Ecoutez là-bas ,sous les rayons de la lune, Mille et une Nuits .(P.10,14,17,20,22,23,24,2731,36,38)
J'ai tenté de respecter l'alexandrin ,mètre dominant dans "Mai" .(v.15 irrégulier : 11,12 ou 14 syllabes selon que l'on prononce ou non les 3 diérèses "lierre,"" vierge", "osiers" ) Dans mon collage, méli-mélo ou "coquetail ", le vers 11 compte 14 syllabes .
Point de rimes -rendues impossibles par la traduction du texte chinois- mais des assonances
les deux couleurs rendent compte du choix et de la disposition des citations , le plus souvent dans chaque hémistiche .
(Photo personnelle : le courant d'Huchet-Landes )

L'invention du rose (1)

Je prend le relais de Fardoise et après m’être interrogée sur un thème j’ai pensé qu’une couleur ferait un sujet intéressant. Le rose c’est ...