Prenez une rue au hasard
en sortant de chez soi la première est la bonne
ce n’est pas un effet de l’art
la plus belle à Paris est celle qu’on fredonne.
Toutes les rues riment ainsi
on en fait des refrains qu’on chante dans les rues
toutes les rues disent merci
merci d’avoir chanté la ville disparue.
François Caradec , Pièces et chansons
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A supposer que je suive la méthode de François Caradec consistant à prendre une rue au hasard- posons d'abord une question philosophique: qu'est-ce que le hasard: Paul Auster n'en a -t-il pas démonté, démontré les pièges?-méthode préconisée par cet oulipien pour exalter la beauté de toutes les rues pourvu qu'on les chante- ce qui me rappelle "L'âme des poètes" de Charles Trénet, chanson reprise par moult interprètes – après quoi, reconnaissantes, les rues nous remercieraient d'avoir "ressuscité la ville disparue", prendrais-je vraiment, je vous le demande, la première rue en sortant de chez moi, qui, ô miracle, serait la bonne, d'après François Caradec, quel rêveur ce poète, quel optimiste, idéaliste à tout crin, mais voyons, ce serait faire fi de la possible laideur de cette rue ( bâtiments délabrés, affiches lacérées, murs tagués) or, tout le monde n'a pas, comme Baudelaire le don de prendre de la boue pour en faire de l'or, ni le talent de Jacques Villeglé, pour transformer en art des rebuts de papier, non, personnellement cela m' horripile de voir des tags, des murs lépreux, des bâtiments crasseux, des commerces abandonnés, des quartiers désertés et d’autre part, si c'est pour longer, dans la première rue venue, des chaussées bétonnées, des immeubles dessinés au cordeau, stricts, rectilignes, des espaces sans verdure et sans grâce, déprimants au possible, comment pourrais-je fredonner, psalmodier, chanter, susurrer, murmurer, vocaliser, yodler, rimer, versifier slamer, j'aurais plutôt tendance à marmonner, grommeler, ronchonner, ressasser, pester, crier, hurler et pourtant, s'ils s'étaient emparés d'un tel sujet- tout en sachant bien que “chanter” est pris ici au sens figuré- les Bachelet, Brassens, Bénabar, Caussimon, Montand, Renaud, Sanseverino et bien d'autres chansonniers auraient eu la part belle- tiens ! j'ajoute à ces voix masculines Marie-Paule Belle, Juliette, Mick Micheyl, Patachou, Piaf, Pomme, Cora Vaucaire, (Oh! la sublime rue Saint-Vincent!), Zazie, elles et eux auraient été capables de chanter avec humour, distance, dérision, ironie, et tendresse bien venue, la beauté disparue.
Miss Yves
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