lundi 23 février 2026

L'oulipien de l'année 2026: Passer la porte




Passer la porte, c’est toujours quelque chose d’un peu éprouvant :

Que va-t-on trouver au-delà ?

Roman d’Agatha trame pour  thriller

Décor pour film noir

C’est un vrai mystère conçu par Bernard .


Passer la porte c’est toujours quelque chose d’un peu écoeurant:

Ce n’est plus le même air

Tout sent la poussière 

L’air est délétère 

Détritus par terre

Puante atmosphère. 


Passer la porte c'est toujours quelque chose d'un peu décevant

Passée la porte, c’est un vrai bazar

Deux dames austères

Font un inventaire:

Parmi les cafards des meubles crevards 

Tabourets percés minables plumards

Chaises éventrées et vieilles armoires. 


Pour faire son deuil 

De ce débarras

Partir en arrière 

Chercher le couloir

Risquer quelques pas  ´

Pour passer le seuil


Buter sur un tas

De cartons pourris de papiers buvards

Un son dans le noir 

Vibrato bizarre 


Tâter au hasard 

Une masse informe 

D’un sac en sautoir

Des os pour clébard

Un lampion blafard

Eclaire Nithard.


Passer la porte c'est toujours quelque chose d'un peu effrayant

Passer la frontière de vie à trépas.


Missyves 


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Les deux dames ouvrirent la porte, saisies par l’odeur de renfermé, la poussière, les toiles d’araignées, les fientes : personne n’était monté depuis longtemps, l’abandon était total. Elles marchèrent au milieu des rossignols, des meubles éventrés, des rebuts : à l’évidence, tout était à jeter ; on allait s’y employer. En repartant, Anne Potié buta contre un carton poussiéreux, dont le choc rendit un son étrange. Le carton bâillait, ouvert par l’humidité ; par curiosité, l’administratrice élargit l’ouverture à l’aide de sa torche, en sortit un sac de plastique ; la lumière de la lampe fit apparaître deux fémurs, des tibias, une clavicule, un crâne.
– Enfin, s’écria Jocelyne Martin ; mon mari le cherchait depuis vingt ans.

Bernard Cerquiglini, L’Invention de Nithard, Éditions de Minuit, 2018, p. 14.


Passer une frontière est toujours quelque chose d'un peu émouvant: une limite imaginaire, matérialisée par une barrière de bois suffit pour tout changer, et jusqu'au paysage même. C'est le même air, c'est la même terre, mais la route n'est pas tout à fait la même, la graphie des panneaux routiers change, les boulangeries ne ressemblent plus tout à fait à ce que nous appelions, un instant avant, boulangeries, les pains n'ont plus la même forme.

Georges Perec, Espèces d'espaces



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