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Les maliettes soupirent dans les poiriers
Les maliettes soupirent dans les poiriers
Elles ne s’exposent pas face au burin habile
Elles s’effacent sous un doigté agile
Point ne livrent leurs mœurs aux grands animaliers
Les maliettes qui sont tendres et susceptibles
S’évanouissent dès que l’on ôte son chapeau
S’exténuent pour peu qu’on leur tourne le dos
Souris qui poussent des cris imperceptibles.
Maliettes, promptes à mourir pour la moindre cause
Dont le cœur prend toute la place à l’intérieur
— Chez d’autres animaux c’est un poids inférieur —
Quand la maliette meurt restent gravés en soi
Le rouge du poitrail, un œil qui se nécrose
La nuit couleur de suie d’où va surgir l’émoi.
À la façon des Vers à soie de Jacques Roubaud.
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Texte source:
Mœurs des maliettes, pensa Jacquemort. Qui les étudiera ? Qui saura les décrire ? Il faudrait un gros livre, sur papier couché illustré d’eaux-fortes en couleurs, dues au burin fertile de nos meilleurs animaliers. Maliettes, maliettes, que n’approfondit-on pas vos mœurs ! Mais las, qui jamais en prit une, maliettes couleur de suie, au poitrail rouge, à l’œil de lune, aux cris légers de petite souris. Maliettes qui mourez dès qu’on pose sur vos plumes impalpables le doigt le plus léger, qui mourez pour la moindre cause, lorsqu’on vous regarde trop longtemps, lorsqu’on rit en vous regardant, lorsqu’on vous tourne le dos, lorsqu’on enlève son chapeau, lorsque la nuit se fait entendre, lorsque le soir tombe trop tôt. Maliettes subtiles et tendres dont le cœur occupe, à l’intérieur, toute la place où les autres bêtes logent des organes banals.
Boris VIAN, L’Arrache-cœur, 1953
Chapitre XXI, 28 octembre
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Maliette gente maliette
Maliette gente maliette
Maliette je te plumerai
Je te plumerai sans colère
Comme Boris d’un doigt léger
Et je plumerai ta paupière
Couleur de lune et de lumière
Maliette gente Maliette
Maliette je te plumerai
Je te tournerai le dos
Je te tournerai le dos
Et j’ôterai mon chapeau
Et j’ôterai mon chapeau
N’ouïs-je pas un cri de mort
Dans tes menus cris de souris
Grâce à la nuée obscurcie
Que le burin cisaille et mord ?
Maliette gente maliette
Maliette je te plumerai
Je te plumerai la queue
Je te plumerai la queue
Et la queue, et la queue
Et les pattes, et les pattes
Je suis la plume et le burin !
Je suis le papier et l’entaille !
Je suis la patte et le poitrail,
Et le graveur et le vélin !
Maliette gente maliette
Maliette je te plumerai
Je te plumerai les ailes
Je te plumerai les ailes
Et les ailes, et les ailes
Et le cou, et le cou
Et le bec, et le bec
Et la tête, et la tête
Je suis de ton cœur le vampire,
Ton cœur organe dilaté
Dans ton rouge poitrail blessé
Qui n’en finit pas de mourir !
Hybridation d’une comptine canadienne française et de L’Héautontimorouménos de Charles Baudelaire.
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